
Les Hébergeuses Solidaires : offrir un séjour à une femme au ruban
Ce que fait l’association Les Hébergeuses Solidaires, qui peut bénéficier d’un séjour, comment un hébergeur rejoint le réseau, ce que le cadeau coûte réellement et ce qu’il faut préparer dans le logement.
- 1Qui sont les Hébergeuses Solidaires ?
- 2D’où vient l’initiative ?
- 3Qui peut bénéficier d’un séjour, et comment ?
- 4Comment devenir hébergeuse solidaire, et ce que ça engage
- 5Préparer le séjour : ce qui change vraiment dans votre logement
- 6Les objections qu’on entend
- 7Octobre Rose, et les onze autres mois
- 8Questions fréquentes
L’essentiel. Les Hébergeuses Solidaires sont une association loi 1901, bénévole et gratuite, qui réunit des hébergements touristiques offrant au moins une fois par an un séjour ou une remise à une femme en parcours de cancer. L’aventure est partie d’un post Instagram le 7 octobre 2024, le site a ouvert le 25 janvier 2025. Côté bénéficiaire : trois séjours par an au maximum, dont un seul totalement offert, débloqués par un code solidaire remis par un partenaire-relais. Côté hébergeur : aucune adhésion, aucun frais, et un àpcadeau que vous choisissez vous-même. Cet article explique comment on entre dans le réseau, ce que ça engage et ce que ça change dans un logement.
Qui sont les Hébergeuses Solidaires ?
Un réseau de professionnels de l’hébergement, très majoritairement des femmes, qui réservent une partie de leurs disponibilités à celles qui traversent un cancer. Gîtes, chambres d’hôtes, campings, hébergements insolites, propriétaires d’une résidence secondaire : la porte d’entrée est la même pour tout le monde. On y trouve des adresses indépendantes comme des adresses portant le label Gîtes de France®.
Maïté, présidente de l’association, la résume ainsi :
Les Hébergeuses Solidaires réunissent des hébergements touristiques (et quelques particuliers) qui offrent au minimum une fois par an un cadeau de leur choix à une femme en parcours cancer pour qu’elles puissent faire une pause et déconnecter de leur quotidien médicalisé. Le cadeau peut être des nuits offertes, des remises spéciales, des prestations additionnelles, et les bénéficiaires peuvent partir avec les personnes de leur choix (leurs aidants).
L’association parle des « femmes au ruban », quelle que soit la couleur du ruban : tous les cancers sont concernés, pas seulement le sein. Le cancer du sein reste malgré tout le premier cancer féminin en France, avec 61 214 nouveaux cas estimés en 2023 en France métropolitaine et un âge médian au diagnostic de 64 ans, selon l’Institut national du cancer. Autrement dit, des femmes en traitement, il y en a dans votre département, et probablement dans votre rue.

D’où vient l’initiative ?
D’un parcours personnel, et d’une nuit offerte par une inconnue.
Elle est née de mon propre parcours de cancer du sein, de la difficulté financière, de réaliser que prendre une bouffée d’air valait autant que n’importe quel soin, de n’avoir rien trouvé de similaire pour moi. J’ai ouvert mes gîtes à des femmes malades en publiant sur les réseaux, Lucile m’a contactée pour me dire qu’elle trouvait cette initiative magnifique, et elle m’a offert une nuit. Le déclic s’est fait ! J’ai attendu d’avoir sorti la tête hors de l’eau pour lancer le projet.
Un an après cette rencontre entre Maïté et Lucile, deux hébergeuses touristiques, le réseau se monte. Ce qui a le plus surpris la présidente depuis : « la rapidité à laquelle des Hébergeuses se sont manifestées pour nous rejoindre ». L’annuaire général des offres, dans sa version de septembre 2026, fait 85 pages et couvre 79 départements.

Qui peut bénéficier d’un séjour, et comment ?
L’association vise les personnes prises en charge en France pour un cancer, dans trois situations :
traitement médical actif : chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie
traitement préventif : hormonothérapie, immunothérapie, thérapie ciblée
fin de tous les traitements depuis moins d’un an
Le réseau s’appelle Hébergeuses, il accueille pourtant plus large. Maïté : « Nous soutenons les femmes atteintes de tous les cancers, en parcours de soin actif, mais aussi sous traitement préventif pendant 5 ans après le diagnostic, et jusqu’à un an après la fin des traitements. Et comme nous avons un grand cœur, nous avons déjà validé des demandes pour des hommes et des familles dont l’enfant est malade. »
Le parcours de réservation tient en trois étapes, décrites sur la page des séjours solidaires :
pré-réserver auprès de l’hébergement choisi dans l’annuaire
demander un code solidaire à un partenaire-relais, professionnel de santé ou association
transmettre ce code, à usage unique et valable 7 jours, pour confirmer le séjour
Trois séjours par an au maximum, dont un seul entièrement offert : les deux autres se font avec participation financière. L’association mène en parallèle une seconde action, les séjours pour soin, quand une patiente doit se loger loin de chez elle pour être traitée, financés dans le cadre d’un partenariat avec Airbnb.org. France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur comptait 121 séjours offerts depuis janvier 2026.
Ce que les bénéficiaires renvoient à l’association en dit long sur le point de départ : « Elles sont très surprises de nous trouver et ont souvent du mal à croire qu’un séjour puisse être offert. »
Comment devenir hébergeuse solidaire, et ce que ça engage
Une fiche d’adhésion à renvoyer, et un engagement moral : offrir au minimum une fois par an un cadeau réservé aux femmes touchées par le cancer. Pas de cotisation, pas de commission, pas de durée d’engagement. L’inscription est annuelle avec tacite reconduction et vous pouvez quitter le réseau par un simple message, comme l’explique la page destinée aux hébergeuses.
C’est vous qui fixez le cadeau, les dates de validité, le nombre de personnes et le nombre d’offres dans l’année. Voici ce que proposent réellement des membres du réseau sur la liste Octobre Rose 2026, et ce que ça leur coûte.
| Le cadeau | Un exemple de la liste Octobre Rose 2026 | Ce qu’il vous coûte réellement |
|---|---|---|
| Des nuits offertes | Un camping de l’Aude : deux nuits en lodge sur pilotis face à la rivière, jusqu’à 4 personnes | Le ménage et le linge, sur des dates d’octobre rarement vendues |
| Une remise | Un meublé des Côtes-d’Armor : 50 % sur sept nuits, de novembre à mars, linge et ménage inclus | Une marge sur une semaine d’hiver qui serait restée vide |
| Une prestation en plus | Un meublé de Haute-Saône : une nuit offerte pour un séjour réservé, plus un pot de miel | Presque rien quand la prestation vient de chez vous |
| Un repas | Une maison d’hôtes du Tarn : deux tables d’hôtes offertes pour un séjour de deux nuits | Deux couverts et deux soirs de compagnie |
La colonne de droite est la vraie information de cet article. Offrir ne suppose ni logement vide toute l’année, ni trésorerie : une nuit en novembre, une remise sur une semaine creuse, un panier de produits locaux suffisent. C’est le même raisonnement que celui des petites attentions d’arrivée, appliqué à quelqu’un qui en a besoin, et sur des dates où remplir hors saison relève déjà de l’exploit.
Une hébergeuse du réseau nous faisait remarquer qu’aucune nuit offerte n’a jamais rempli un planning de novembre. C’est plutôt rassurant sur les motivations.

Préparer le séjour : ce qui change vraiment dans votre logement
Rien de spectaculaire, et c’est le premier conseil. Une femme en traitement ne vient pas visiter une mise en scène, elle vient dormir, marcher un peu, ne rien faire. Pas de comité d’accueil, pas de décoration rose, pas de questions sur la maladie si elle n’en parle pas.
Trois points techniques pèsent plus lourd que d’habitude. La fatigue d’abord : une arrivée qui dépend de votre présence devient un problème le jour où le traitement décale tout, et une arrivée en autonomie règle la question. L’information ensuite : codes, wifi, chauffage, pharmacie la plus proche, tout doit être écrit et exact.
Les urgences enfin : les numéros utiles à afficher ne sont plus une formalité quand la personne accueillie est sous traitement.
Les objections qu’on entend
« C’est de la publicité déguisée. » La présidente la connaît par cœur : « Nous avons déjà entendu que nous faisions ça pour faire de la pub pour les hébergements membres. Je suis sidérée quand j’entends une telle absurdité ! Nous le faisons avec le cœur. 10% de nos hébergeuses ont vécu le parcours du cancer, et nombre d’entre elles connaissent ou ont perdu des proches. C’est pour cette raison qu’elles apportent leur soutien. » L’annuaire n’est d’ailleurs pas un moteur de réservation : c’est une liste PDF et une carte, consultées par des femmes malades et par les soignants qui les accompagnent.
« Juridiquement, c’est compliqué. » C’est le frein que Maïté rencontre le plus souvent, du côté des structures censées relayer l’information : « C’est parfois très compliqué de trouver le bon contact pour expliquer ce que nous faisons. Je suis extrêmement surprise des “inquiétudes juridiques et administratives” régulièrement mise en avant pour une action purement solidaire. »

Octobre Rose, et les onze autres mois
L’association publie chaque année une liste spécifique pour Octobre Rose, valable pour tous les cancers et ouverte dès septembre. L’édition 2026 rassemble une quarantaine d’offres, de l’Ain à la Vienne, avec des dates précises et le contact direct de chaque hébergement.
Le vrai sujet n’est pourtant pas le mois d’octobre. Les traitements ne s’arrêtent pas le 1er novembre, et la géographie compte plus que le calendrier. Maïté le dit clairement : « on a surtout besoin d’avoir un maximum d’hébergeuses généreuses bien réparties sur le territoire car la maladie est partout et les malades ne partent jamais loin de chez elles ». Une offre dans les Landes ne sera certainement pas suivie par une patiente traitée à Lille.
Une quinzaine de départements métropolitains manquent encore à l’annuaire de septembre 2026. Si le vôtre en fait partie, votre offre vaudra plus que dix de plus en Bretagne.
Reste une chose que l’association demande peu : en parler. Un livret d’accueil numérique, une page de site, un post, une affiche à l’office de tourisme coûtent zéro euro et font circuler l’information vers les partenaires-relais qui manquent. Maïté : « Tout le monde peut faire un petit quelque chose qui sera grand pour quelqu’un qui en a besoin ! Et pas forcément besoin d’argent pour faire une belle action. »
Questions fréquentes
Qui peut bénéficier d’un séjour des Hébergeuses Solidaires ? Toute personne prise en charge en France pour un cancer : traitement actif, traitement préventif, ou fin des traitements depuis moins d’un an. L’association s’adresse d’abord aux femmes, tous cancers confondus, mais elle a déjà validé des demandes d’hommes et de familles dont l’enfant est malade.
Faut-il payer une adhésion pour rejoindre le réseau ? Non. L’association est bénévole et l’accès à son action est gratuit, pour les hébergements comme pour les bénéficiaires. Le seul engagement demandé est moral : offrir au minimum une fois par an un cadeau réservé aux femmes en parcours de cancer, dont vous fixez vous-même les conditions.
Puis-je proposer une remise plutôt qu’une nuit offerte ? Oui, et c’est fréquent. Nuits offertes, réductions sur un séjour, prestations complémentaires comme le ménage, le linge, un repas ou un accès spa : chaque hébergeuse choisit son cadeau, ses dates de validité et le nombre de personnes accueillies.
Combien de séjours une bénéficiaire peut-elle obtenir ? Trois par an au maximum, et un seul d’entre eux peut être totalement offert : les deux autres supposent une participation financière. Chaque séjour se confirme avec un code solidaire délivré par un partenaire-relais, à usage unique et valable sept jours.
Mon hébergement est en ville, est-ce que ça intéresse l’association ? Oui, d’autant plus qu’il est proche d’un centre de soins. Au-delà des séjours de pause, l’association cherche des logements pour les patientes obligées de se traiter loin de chez elles, dans le cadre de son partenariat avec Airbnb.org.
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